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Peuples de Sibérie,
du fleuve Amour aux terres boréales
Un voyage photographique de Claudine Doury

La photographie est une fois de plus convoquée pour la nouvelle exposition du Parc de la Villette, consacrée à la découverte des communautés autochtones de la Sibérie Russe. Au moment où les Inuits du Nunavut canadien viennent de célébrer leur autonomie politique, le Parc de la Villette continue d’explorer le monde et ses différences, le monde et ses inégalités, après sa dernière expérience Peintres Aborigènes d’Australie, qui fut un succès remarqué.

Une interrogation sur l’identité et l’altérité

SIBE1.jpg (26355 octets)
Femmes oultches en vêtements traditionnels, villages de Boulava, fleuve Amour

Ce sont d’autres cultures tout aussi éloignées de la vie occidentale auxquelles nous sommes introduits. Il s’agit de huit peuples aux contours culturels très distincts, mais qui ont en commun de vivre dans des " proximités " géographiques (le mot semble usurpé lorsque l’on scrute une carte !), à savoir l’immense étendue de la Sibérie russe. Ces peuples, il faut commencer par les citer, tenter de les localiser, comme un premier geste de respect ; les Nénètses, les Bouriates, les Oultches, les Nanaïs, du nord et du sud-est de la Sibérie, et les Evènes, les Koriaks, les Tchoutkches, et les Yuit du nord-est. Huit peuples (rassemblant entre 2000 personnes pour les Yuit et plus de 400.000 pour les Bouriates) qui ne représentent qu’une partie des minorités autochtones de la Sibérie parmi les 26 groupes recensés. Ce sont ceux qui ont été photographiés par Claudine Doury durant ses séjours répétés au coeur de leur territoire.
La démarche de cette photographe s’inscrit dans la volonté de partage et de réflexion autour de ces peuples. Partage d’un morceau de leur culture, de leur quotidien, de ce qui rend ces groupes humains distincts, irréductibles à une vague entité autochtone diffuse. Réflexion sur la réalité de ce qu’ils représentent pour le territoire dans lequel ils s’inscrivent, sur leur identité aujourd’hui menacée, sur les problèmes sociaux dont ils souffrent dans une Sibérie longtemps malmenée.

Car ces peuples, et plus largement l’ensemble de la composante autochtone de Sibérie, connaissent les difficultés de toutes les minorités culturelles du globe entrées en contact avec la civilisation occidentale. Acculturation massive, forcée ou par défaut, perte des repères et des modes de vie traditionnels, changement brutal d’activité ou d’habitat, alcoolisme, chômage, taux de suicide élevé, misère sociale inter-générationnelle, etc. La liste est longue des fléaux qui brisent une cohésion sociale et familiale pourtant forte dans certains groupes.
La Sibérie est le berceau de populations qui, face à un milieu très particulier que l’on aurait tôt fait de qualifier d’hostile, ont inventé des cultures propres à résister et s’intégrer à cet environnement où la nature est maîtresse. Régions de steppes, de taïga ou de toundra, elles ont vu se développer des usages adaptés en conséquence. Ces peuples, en dépit de grandes différences, se caractérisaient par un type de société holiste, où l’appartenance au groupe est fondamentale. Nomades ou sédentaires, ils pratiquaient surtout des activités de chasseurs-ceuilleurs, d’éleveurs ou de pêcheurs. Le culte chamaniste leur dictait une appréhension globale de l’environnement naturel. Ils se considéraient une étape d’un cycle vaste et fragile, méritant attentes et protection de leur part.


Femme tchouktche en vêtement traditionnel (intestin de morse),
détroit de Béring

Les premiers contacts avec les Russes datent de la fin du XVIe siècle, lorsque la Russie tsariste commence sa " conquête de l’est ". Pas à pas, les populations de Sibérie entrent dans le giron russe. Des colons s’installent et apportent avec eux la culture occidentale, dont l’orthodoxie, lentement adoptée par les minorités qui poursuivent le pratique de rites chamanistes. Avec la création de l’URSS, les autorités tentent de " russifier " les peuples autochtones. Sédentarisation obligatoire, abandon de toute forme de religion, collectivisation des terres, apprentissage du russe, bref le chapelet idiot de tout pouvoir fort et sûr de ses choix.
Depuis l’assouplissement du régime en 1985, les communautés voient peut-être une première issue à leur problème d’identité. Après une prise de conscience, l’Association des Peuples du Nord est crée en 1990, et sert les demandes de reconnaissance. Elles prennent la forme de revendication politiques, économiques, sociales. Et de fait, certaines sont déjà entendues, puisque des lois concernant spécialement les minorités ont été votées par la Russie, notamment sur les questions de territoires et de protection de l’environnement qui s’y rapporte.
Mais ce mouvement de re-découverte culturelle comme la langue, la religion, l’exercice de l’autorité communautaire, n’empêche la situation de ces populations d’être préoccupante. Dans une Russie où Moscou a pour ainsi dire " lâché " sa Sibérie, la crise subit par le pays a des effets encore plus violents sur les groupes minoritaires. Leur avenir reste très incertain, ces populations ne pouvant compter que sur elles-mêmes pour assurer leur pérennité.

L’exposition s’articule autour des photographies de Claudine Doury, qui présente une centaine de photographies issues de son travail auprès des communautés. Plus qu’un reportage sur ces cultures menacées, ces photographies sont le résultat d’une rencontre avec ces gens, avec qui Claudine Doury a discuté, vu, partagé. Elle a essayé d’aller plus loin que l’œil de l’objectif, essayé de comprendre la richesse culturelle de ces hommes et ces femmes.
A côté des photographies, une sélection d’objets traditionnels prêtés par le Musée national d’ethnographie de Saint Petersbourg illustrent certains aspects des modes de vie traditionnels sur le registre de l’économie domestique, de la perception artistique ou religieuse. Et pour parachever cette introduction aux peuples de Sibérie, un espace est dévolu à la présentation d’un diaporama réalisé à l’aide d’une quarantaine de clichés d’archives du musée de Saint Petersbourg. Ces photographies, prises entre 1888 et 1936, sont l’empreinte des premiers temps de l’ethnographie, pas toujours exempte de condescendance et de supériorité à l’égard des prétendus non-civilisés.
Au total, l’exposition présente la diversité de ces peuples et l’urgence de la prise en compte de leur différence. Une invitation à réfléchir de façon globale au problème de la survie et de l’épanouissement de tous ces peuples, aussi bien en Sibérie qu’en Papouasie, aux confins de l’Argentine, du Brésil et du Paraguay, ou bien plus près des Tsiganes en Europe. En 1996, l’UNESCO présentait sont rapport sur la diversité culturelle. Parmi les objectifs de l’Agenda International, on pouvait lire : " L’Organisation des Nations Unies fut crée au nom de " Nous les peuples des Nations Unies ". Mais les peuples n’eurent guère leur mot à dire (...) Au moment d’entrer dans le XXIe siècle, le temps est venu de rétablir la suprématie des peuples dans les organisation internationales, comme c’est le cas aujourd’hui dans nombre de pays ". On aimerait que cette bonne intention devienne une réalité tangible, dans le grand nord Canadien comme ailleurs ...

Gunther Ludwig

N.B. : Saluons la part belle faite aux jeunes publics par le Parc de la Villette, qui organise visites guidées, ateliers petite enfance pour les 2-5 ans et pour les 6-14 ans, dans un effort de sensibilisation et de compréhension supplémentaires.

 

Peuples de Sibérie, du fleuve Amour aux terres boréales
Voyage photographique de Claudine Doury

du 7 avril au 29 Août 1999
Pavillon Paul Delouvrier, Parc de la Villette
75019, Métro Porte de Pantin

Info. tel: 0 803 306 306  

 

 


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